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Albert ROHMER
Toutes les civilisations se valent-elles ?
Un Béarnais en mal de maroquin, De ses faibles chances électives se désole, Il se dit que pour briller au prochain scrutin Il faut changer son tromblon d’épaule. Le Centre-droit, le Centre-gauche et l’extrême-Centre Rallièrent son panache blanc pour la soupe, Et ce centre sans gravité se laissa vendre En ramenant dans le droit chemin toutes ses troupes. D’où ce mot d’ordre : ratisser large Et à tout moment disposer d’une marge ; Le Centre n’existe que quand la Droite peut s’en passer, Il la rejoint au moindre coup de sifflet.
Notre Béarnais, pour noyer le poisson, S’en alla parler d’Histoire à la télévision Et le voilà qui fulmine et qui s’enflamme De l’absence de chronologie dans les programmes Qui vous situe Charlemagne à Waterloo Et Mac Mahon au siège de la grotte de Lascaux.
Claude Guéant, notre ministre de l’Intérieur, Fit une sortie pour conforter cette thèse, Il ne savait pas, comment l’eut-il su d’ailleurs, Qu’en parlant ainsi il soufflait sur des braises : ’’ Toutes les civilisations ne se valent pas ! ’’ Et Charles Martel expulsait les Arabes, déjà. Le patron des CRS avec suffisance Fit alors étalage de ses connaissances. Trop souvent, disait-il, dans nos livres d’Histoire On confond Chaperon Rouge et Jeanne la Pucelle, Leurs aventures, faits d’armes et déboires Sont sans écho dans les générations actuelles ; Si l’une fut brûlée par sa grand-mère, L’autre retarda le creusement du tunnel sous la mer, Pour qu’ainsi ils persistent à marcher du mauvais coté Et à s’abreuver de leur tisane frelatée. L’anglophobe avait entendu des voix Lui enjoignant de proclamer la république Mais le clergé, hélas, la dévoya Et lui imposa la dérive monarchique. Le Chaperon Rouge, lui, portait à sa mère-grand Des provisions pour lui éviter la famine, Son sang ne fit qu’un tour quand elle vit Fanfan Rouler son auditoire dans la farine. Elle eut alors ce geste sans préméditation Que tous vos journaux ont rapporté en information.
Malgré quelques historiques inexactitudes, Subsiste néanmoins cette certitude : Le Béarnais et le patron des CRS, Sans clin d’œil ni poignée de main, Venaient d’opérer un rapprochement express Et de leurs Partis renouer les liens.
Albert ROHMER - 5 février 2012.
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Pierre Thiollière
Les charpentiers (pour André et Laurent)
Il neige. Un peu. Le froid est vif. Dans le ciel gris une lueur éclaire le sud. L’arbre transi semble en prière dans le vent aigre fugitif.
Dehors gisent les vieilles tuiles jetées depuis le toit par les couvreurs. Se souviennent-elles de la couleur des temps anciens, des jours fertiles ?
Près de leur amoncellement, des bouts de planche et d’anciennes voliges, tandis que les flocons légers voltigent, grelottent, meurent doucement.
Les couvreurs ont levé la peau de la maison, la vieille carapace, la semaine dernière, avant la glace, quand le soleil brillait là-haut.
Les charpentiers marchaient, obliques, sur la pente du toit. Ils plaisantaient, faisaient chanter la scie qui découpait, aiguë, les voliges stoïques.
Au rythme d’un marteau habile les couvreurs progressaient sous le soleil de janvier, radieux dans le bleu du ciel, sifflaient en alignant les tuiles.
La terre cuite dans l’usine du village voisin se déployait, rouge sous le ciel clair et s’étonnait de sa propre couleur sanguine.
Elle s’ébahit, cette terre, d’avoir quitté la lourdeur de la glaise pour respirer, lorsque la nuit s’apaise, l’étoile acide de l’hiver.
Demain, aux premières lueurs, les charpentiers dresseront leurs échelles. Je les attends dans la maison nouvelle, les grands, les merveilleux couvreurs.
Pierre Thiollière, Garrigues, 2 février 2012
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Yvette Vasseur
Vendredi 3 février 2012
Toutes
(Aux combattants de la liberté)
Toutes les touches sur les claviers Toutes les lumières Devenues familières Viennent balayer la poussière De nos vies de misère
Où sont tes mains mon frère Où sont tes rires ma mère Où sont vos yeux vos voix Je vous attends au creux de moi Dans ce qui reste de tendresse Dans ce qu’il reste de richesse Au creuset de nos instants communs
Toutes les touches Ordinateurs, computeurs Réclament nos voix mes frères Réclament nos mains mes sœurs En une même ronde D’enfants autour du monde
Toutes les lumières De vos yeux de vos voix Devenues familières Devenues nos tendresses Devenues nos richesses Viennent balayer la poussière De nos vies de misères…
Yvette Vasseur
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